La lutte contre les macro-déchets sur le littoral des Pyrénées Atlantiques

En dehors des pollutions bactériologiques liées aux rejets d’eaux usées domestiques, la qualité des eaux de baignade peut aussi être conditionnée par les macro déchets.

Ils apportent non seulement une pollution visuelle, mais aussi présentent des risques sanitaires (polluants véhiculés) et physiques (sécurité pour la navigation et la baignade).

Le littoral des Pyrénées Atlantiques fait 35km, dont 20km de plages. La quasi-totalité de ce linéaire de plages est très urbanisé et fait l’objet d’un nettoyage régulier.

Les collectivités ont donc développé, depuis de nombreuses années, un réseau d’actions visant à limiter l’impact des macro déchets sur le littoral .

Ramassage des macro déchets flottants entre la Bidassoa et l’Adour :

En 1998, à l’initiative de l’Association des élus du littoral , a été lancée une opération de ramassage des déchets flottants de 300 mètres à 3 milles nautiques du bord, entre les estuaires de la Bidassoa et de l’Adour.

Le Syndicat Mixte Kosta Garbia organise l’ensemble de l’opération. Ce syndicat est composé de la Communauté d’Agglomération Côte Basque Adour, de la Communauté de Communes Sud Pays Basque et du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques.

Le ramassage des macro-déchets est effectué par un bateau de pêche sélectionné sur appel d’offres. Depuis 2003, c’est le bateau Itsas Belara qui assure la prestation.

Cette opération se constitue de trois volets distincts :

  • recherche des nappes : veille des usagers du secteur (avis de la part des navires de pêche et de plaisance, relayés par le sémaphore de Socoa) et grande connaissance de la zone du prestataire,
  • ramassage des macro-déchets : le navire dispose de cadres en aluminium de 3x1m, flottant sur chaque bord de la coque. Le pont derrière la cabine permet de stocker plus de 20m3 de macro déchets,
  • tri, pesée et acheminement vers les filières de traitement : une fois le navire plein, son contenu est pesé et vidé dans des camions benne. Les macro déchets, du fait de leur séjour plus ou moins long en mer, ne sont pas valorisables, autrement qu’en enfouissement ou incinération. Par contre, le bois est trié et envoyé vers des filières de compostage.

Diverses opérations de suivi sont réalisées durant la campagne et permettent d’établir un bilan précis de l’opération :

  • fiches de suivi journalier du ramassage en mer,
  • notes et observations (dont photos) lors de chaque débarquement.


Tableau 1 : historique des quantités de macro déchets ramassés depuis 2005 (cliquez dessus pour l’agrandir)

D’une durée de 105 jours (15 mai au 31 août), la campagne 2010 a permis de récolter 14 tonnes de plastiques (environ 150m3, soit l’équivalent de près de 9 terrains de rugby de déchets bien étalés à plat) et 7,5 tonnes de bois. Ces déchets ont été débarqués et acheminés vers les filières de traitement adéquates. Le coût total de la campagne 2010 a été d’environ 55 000 €.

Complémentaire des actions engagées sur les cours d’eau et le littoral , cette action est pertinente pour l’ensemble des acteurs de la protection de l’environnement littoral . Le traitement du bois récolté est facilité par l’absence de sable, il est donc acheminé directement vers les filières de valorisation. Les données obtenues grâce au suivi sont autant d’informations utiles pour la compréhension du phénomène et la recherche des solutions de lutte les plus appropriées.

Nettoyage des plages par les communes :

Les communes littorales, de manière individuelle, ont la compétence
« nettoyage des plages ». Beaucoup de plages sont nettoyées toute l’année, de manière mécanique (engins de type tamiseuses et goémoniers) avec des fréquences variant en fonction des saisons et des sites, les nettoyages étant renforcés durant la période estivale.

La réalisation des travaux de nettoyage peut être assurée en régie, et/ou par des prestataires privés. Le Syndicat Kosta Garbia collecte et synthétise les données concernant les actions engagées pour la propreté des plages.

Durant la période estivale, la ville de Biarritz complète ses actions sur les plages par un ramassage des déchets flottants en mer dans la bande de 0 à 300 m, au moyen d’une petite embarcation.

Quant aux communes de Saint Jean de Luz et Ciboure, elles disposent de filets flottants anti macro déchets, dans la Baie, en face des plages. Ces filets sont contrôlés et entretenus régulièrement.

En 2010, L’ensemble des opérations de nettoyage des plages a couté un peu plus de 2 millions d’Euros aux communes, subventionnées par le Conseil Général des Pyrénées Atlantiques à hauteur de 370 000 €.


Tableau 2 : historique des quantités de macro déchets récoltés lors du nettoyage des plages (cliquez dessus pour l’agrandir)

Les différences entre communes sont dues aux linéaires côtiers (de 1 à 5,5 km), à la granulométrie du sable, à la topographie (falaises protégeant du vent, baies atténuant la houle ), à la bathymétrie (déterminant les courants côtiers), à la présence de certains estuaires de cours d’eau (apportant une grande partie des macro déchets).

Par contre, pour une même commune, les quantités de macro déchets peuvent fortement évoluer d’une année à l’autre. C’est là, de nouveau, que la connaissance scientifique manque pour expliquer cette variabilité. Mais il est certain que les hivers comptant plusieurs tempêtes, avec de fortes houles et d’importantes précipitations, se traduisent par des quantités de macro déchets plus importantes que les hivers « calmes ».

De gros efforts, ces dernières années, concernent les quantités de sable « embarqué » pendant le nettoyage des plages.

Nettoyages manuels sur le littoral  :

Certaines zones sont nettoyées manuellement, du fait de leur inaccessibilité pour les engins mécaniques : les inter-plages, enrochements, épis et pieds de falaise.

La maîtrise d’ouvrage de cette action revient au Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques. Ces travaux sont réalisés par des associations d’insertion (MIFEN? et ADELI). Les déchets sont ramassés manuellement, triés puis acheminés vers les filières de traitement.

Actions engagées sur les cours d’eau :

Parce que la lutte contre les macro déchets doit commencer dès l’amont des bassins versants, il existe des opérations sur les cours d’eau côtiers.

Les berges de l’Adour, dans sa partie avale, sont nettoyées par la MIFEN, dans le cadre d’une opération menée par la CCI.

En amont de l’embouchure de l’Adour, au niveau de l’Ile de Berenx (Urt), l’Institution Adour assure le fonctionnement d’un barrage flottant- cf Photo : barrage flottant de l’Institution Adour qui permet de piéger de grandes quantités de macro déchets (du bois essentiellement).

De même, un autre barrage flottant existe au droit du pont de l’A63 enjambant la Nivelle, à Saint Jean de Luz. La Communauté de Communes Sud Pays Basque en a la maitrise d’ouvrage et L’ADELI assure l’entretien de l’installation.

Perspectives d’évolution dans la lutte :

1) Approfondissement des connaissances scientifiques :

La lutte contre les macro déchets est basée, exclusivement, sur des actions curatives. Aujourd’hui, les collectivités ne sont capables que d’éliminer les déchets lorsqu’elles y sont confrontées.

Le Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, en partenariat avec la Diputacion foral de Guipuzcoa (Espagne), le Consel Régional d’Aquitaine, Le Govierno Vasco (Espagne), ainsi que plusieurs partenaires institutionnels, scientifiques, publics, privés et universitaires, a lancé un projet européen InterReg. Baptisé LOREA, il devrait permettre de modéliser numériquement les mouvements de masses d’eau dans le Golfe de Gascogne. Parmi les applications, le volet sur la dynamique des macro déchets permettra d’en savoir plus sur leur origine, la dérive, les zones de stockage, etc.

2) nettoyage raisonné des plages :

Il est de plus en plus souvent question de la « laisse de mer » et de son intérêt en tant que véritable écosystème (matières nutritives, substrats, habitats, etc) et rempart face à l’érosion du littoral .

On entend aussi beaucoup parler de nettoyage « raisonné » des plages, ce qui ne veut pas forcément dire « manuel » ou « écologique ». Plusieurs régions de France sont revenues au nettoyage manuel : « une fois par mois en hiver, et une fois par semaine en période estivale, les plages sont nettoyées manuellement. Seuls les déchets plastiques et métaux sont prélevés. Les débris végétaux et naturels restent en place. »

De telles pratiques sont possibles pour certains endroits de France, mais peut-être pas en Aquitaine.

La photo ci-dessous présente une plage de la côte basque, au second jour d’une tempête hivernale.

Nous voyons bien ici que la laisse de mer n’est pas juste un cordon végétal délimitant la plage de l’océan.

Pour certains sites de la Côte Basque, un nettoyage « raisonné » ressemblera certainement plus à une évolution dans l’organisation qu’à une révolution dans la technique. Le nettoyage mécanique sera toujours nécessaire, surtout en période estivale et à la suite de tempête, mais il faudra sans doute l’adapter en fonction des saisons et des conditions météorologiques : diminuer la fréquence pendant l’hiver, et éviter de nettoyer les plages en période pluvieuse (le sable mouillé est plus cohésif que lorsqu’il est sec).

Un énorme travail sera aussi à accomplir en terme de sensibilisation du public. Si les communes décident d’adopter un nettoyage « raisonné » des plages, avec des périodes d’accumulation de « laisse de mer », il faudra absolument communiquer sur le fait qu’une plage « propre » n’est pas une plage de sable blanc, fin, pur et exclusivement minérale, mais un milieu naturel et vivant, avec la présence de débris et de matières organiques.

Contacts :

- Syndicat Mixte Kosta Garbia

Matthieu Darmendrail, chargé de mission
contact kosta-garbia.fr

Site Internet : http://www.kosta-garbia.fr