Le propre et le sale sur les plages d’Aquitaine

La plage un millieu vivant

La plage est souvent assimilée à un désert. Il n’en est rien. C’est un véritable milieu naturel fourmillant de vie. Pourtant, sur le littoral , la vie est rude. Les animaux et les végétaux doivent résister à l’effet desséchant du vent et à son action mécanique qui, associée à la houle , érode dunes et falaises, aux fluctuations des marées, aux embruns, aux variations de salinité… sans oublier un autre facteur déstabilisant : l’homme !

La laisse de mer, source de vie et trait d’union entre mer et terre

La laisse de mer n’est pas un déchet. Les algues et herbes marines qui la constituent forment un habitat naturel protégé au niveau national et européen. Il convient de la laisser en place car elle joue de multiples rôles fondamentaux. Seuls les déchets issus de l’activité humaine qui la polluent
doivent être enlevés. La gestion raisonnée des laisses de mer s’inscrit dans une perspective de développement durable.

La composante naturelle de la laisse de mer est un résidu de végétaux et accessoirement d’animaux arrachés des hauts fonds marins, véhiculé par la mer et déposé sur la plage lorsque la mer se retire. Elle piège le sable emporté par la mer et se décompose en enrichissant le sol en matière
organique et en composés azotés. C’est elle qui permet aux écosystèmes des hauts de plages de s’installer.

Cycle de vie

Macro déchets et débris naturels attention à ne pas confondre !

Plage sale Aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur la nécessité d’ôter des plages les macro déchets d’origine humaine qui nuisent à l’aspect esthétique et qui peuvent être dangereux. Cependant, les opérations de nettoyage sont encore trop souvent effectuées de façon systématique et mécanique, au détriment de la richesse biologique des milieux naturels.

Les macro-déchets sont issus des activités humaines. Ils s’accumulent le long des laisses de haute plage  :

  • bouteilles en plastique,
  • bidons,
  • filets, casiers…

la liste semble ne pas avoir de limites ! Qu’ils soient véhiculés par la mer ou laissés sur place, ils se retrouvent sur la plage , réceptacle malheureusement incontournable de nos manquements de citoyenneté et de respect de la nature. Ces déchets constituent une véritable nuisance et obligent à des actions de nettoyage coûteuses pour les collectivités.

Les débris naturels :

  • algues,
  • bois flotté,
  • animaux morts…

contribuent à l’équilibre naturel des plages. Ils sont à la base d’une chaîne alimentaire pour de nombreux oiseaux et poissons. Les débris naturels font partie des milieux littoraux. Ils jouent un rôle de protection et d’abris pour la petite faune terrestre.

Dégats biologiques et écologiques du nettoyage des plages

Plage avec débrits naturels Le nettoyage mécanique (criblage-tamisage) est le plus dommageable car il est le moins sélectif. Ses impacts sur le littoral sont de deux ordres : dégradation du stock sédimentaire et appauvrissement de la richesse biologique littorale.

Une mauvaise utilisation des machines (vitesse excessive, prélèvement
de sable, passage en pied de dune ou sur sable mouillé) modifie à terme la structure du substrat et le profil de la plage . Le nettoyage mécanique est à réserver aux plages urbaines très fréquentées.

Ramasser les débris naturels fragilise le littoral . Ceci favorise l’action de la houle et du vent donc l’érosion des plages et la réduction du stock sédimentaire. Par ailleurs, les laisses de mer permettent l’installation en haut des plages de plantes vivaces à forte valeur patrimoniale puisqu’elles ne se dévelopent que dans ce milieu. Le ramassage des laisses de mer appauvrit l’ensemble de l’écosystème.

Regard et attentes des usagers : la perception des débris sur les plages peut-elle évoluer ?

Une enquête d’opinion* a été réalisée auprès d’un échantillon d’usagers du littoral sur le thème “Perception, compréhension
et attitudes face à la pollution des plages”.

Il ressort que la plupart des usagers ont une méconnaissance de l’écosystème de la plage . Si cette dernière est considérée comme un milieu vivant, la méconnaissance est grande sur les espèces inféodées à ce milieu et sur le rôle fondamental joué par la laisse de mer. Le rôle par exemple des débris végétaux comme ressource alimentaire est largement ignoré.

Leur présence est néanmoins considérée par près de 38% comme absolument naturelle. Les usagers ont une perception négative des laisses de mer dès lors que des déchets anthropiques se trouvent emprisonnés dans ces agglomérats d’algues échouées.

Les débris naturels sont acceptés par 59% des usagers dès qu’ils ne sont plus assimilables à la saleté des ordures ménagères et à l’incivisme.
Les usagers sont de fait majoritairement favorables à un tri sélectif entre les macrodéchets et les débris naturels lors des nettoyages des plages. Les usagers ayant une certaine sensibilité aux problèmes environnementaux du littoral , 71% sont réceptifs au message suivant : “les algues et les morceaux de bois échoués sur le plage constituent
un milieu vivant. Acceptons-les.”

* Enquête réalisée par IPSOS pour le Conservatoire du littoral auprès de 1 015 personnes constituant un échantillon national
représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.

Au coeur des laisses de mer

Le rôle de la faune

Gravelot Les milieux littoraux sont des habitats essentiels pour un grand nombre d’espèces animales. Certains oiseaux comme les bécasseaux, les courlis, les tournepierres ou les passereaux insectivores explorent les laisses de mer qui représentent de véritables garde-mangers où ils peuvent débusquer insectes, mollusques, vers et autres petits crustacés.

Quelques espèces d’oiseaux rares comme le grand gravelot et le gravelot à collier interrompu ne se reproduisent que sur les plages en nidifiant dans les laisses de mer. Ces oiseaux sont particulièrement menacés par les nettoyages intensifs des plages qui détruisent
leurs œufs et interdisent toute reproduction.

Le rôle de la végétation

Fleur de dune Grâce aux abris formés par les racines des espèces annuelles et aux apports fertilisants de la décomposition des laisses de mer, un réseau de racines et de rhizomes se développe, emprisonnant le sable et contribuant donc à le fixer durablement. Le sable s’accumule et forme alors une dune embryonnaire. Cette dernière très exposée peut être remaniée par l’océan. Les espèces vivaces vigoureuses et résistant bien aux piétinements, freinent l’érosion et sont le point de départ d’une reconquête de la dune , voire de son édification. Seules les tempêtes et les grandes marées peuvent alors modifier sa physionomie. Une végétation plus dense, basse et diversifiée caractérise la dune grise qui est plus abritée. Le développement de cette végétation particulière a des rôles primordiaux dans le maintien de tout l’écosystème dunaire .

Des initiatives respectueuses du milieu naturel

De la Gironde à l’Adour s’étend une immense plage de sable continue de 250 km. Les marées et les tempêtes déposent sur ces vastes étendues des débris naturels (dont près de 15000 m3 de bois échoués
par an) mélangés, dans la laisse de mer, à toutes sortes de déchets,
rebut des activités humaines.

Sur les côtes de l’Aquitaine, particulièrement exposées à l’afflux de
déchets, de nombreuses collectivités oeuvrent pour l’obtention de plages propres, et accentuent leurs efforts depuis la marée noire du Prestige.

Le Conseil Régional d’Aquitaine met en œuvre, en partenariat avec
les départements et les communes, une politique de gestion raisonnée
des macro-déchets, sur terre comme en mer. A travers ce programme
régional, associant les opérateurs publics, les marins pêcheurs, les élus
des communes littorales , tous travaillent à la préservation de leur côte
en agissant sur la prévention, réduction à la source, la récupération ciblée des déchets et l’information des touristes et des professionnels.
Dans le département des Pyrénées-Atlantiques, le syndicat mixte
Kosta Garbia mène des programmes destinés à limiter le dépôt
de déchets sur les plages (pose de barrages flottants, chalutage
des déchets en mer de 300 m à 3 milles nautiques du rivage…).
En Gironde et dans les Landes, les Conseils généraux et les communes,
associés à des organismes spécialisés, conduisent depuis plusieurs
années des opérations de nettoyage des plages désormais adaptées
à la protection des systèmes dunaires.

Les expériences présentées dans le DVD ci-joint témoignent de l’implication et de la volonté d’agir de tous les acteurs du littoral .
Le Conservatoire du littoral invite ses partenaires, par l’intermédiaire
de ce dépliant et du DVD joint, à présenter leur expérience sur
le nettoyage des côtes. Que ce document incite les autres collectivités à faire de même !

Contacts :
Conservatoire du littoral  : aquitaine conservatoire-du-littoral .fr
Conseil régional d’Aquitaine : direction “ Tourisme et Espaces Naturels _ ” 05 57 57 83 05